Didier DEMOZAY

Exposition du 23 janvier au 16 mai 2020

Être là

A un collectionneur qui venait de traverser New York pour voir l’une de ses expositions (comme nous venions, ce soir-là, Jacqueline Chaillet et moi, de traverser Paris pour voir des tableaux de Didier Demozay à la galerie Jean Fournier) et qui lui demandait ce que le spectateur était censé éprouver devant ses toiles, Barnett Newman avait répondu : « Le sentiment d’être là. »

Barnett Newman était trop intelligent, trop cultivé et trop bien élevé pour répondre par une tautologie à une très bonne question. En 1950, il baptise d’ailleurs sa première sculpture « Ici I » (…)

Ce mot attribué à Hillel, dans le talmud, et que Newman connaissait très vraisemblablement :

« Si je suis ici, tout est ici ; et si je ne suis pas ici, qui est ici ? »

Dans son livre sur le temple, Didier Laroque nous rappelle ce que nous avions oublié depuis le lycée : le geste de l’augure romain traçant une limite dans le ciel du bout de son bâton. Seul était pris en compte (oiseaux, nuages, foudre, etc.) ce qui apparaissait dans cette portion d’espace appelé Templum. Ailleurs, l’augure ne regardait rien du tout : il se moquait éperdument de ce qui pouvait apparaitre. Plus tard, on reproduisit la portion du ciel sur le sol. Pour y pénétrer, le visiter devait se tenir en état de pureté.

Ainsi explique Didier Laroque, la première fonction du temple est de créer un lieu qui soit, comme au théâtre, une « disposition de l’esprit par laquelle il se connait ; une entrée en présence, un accès à ce qui est suprêmement distinct. »

Dans le vacarme des autobus, en sortant de la galerie Jean Fournier, ce soir-là, et pris dans le courant de fleuve en crue à quoi ressemble Paris vers dix-neuf heures, c’est le mot de Newman et la citation de Didier Laroque qui semblaient résumer le mieux l’impression que nous conservions des toiles de Didier Demozay : le sentiment d’avoir été « là » aussi intensément que notre capacité à regarder de la peinture nous l’avait permis. Dans le silence que nous venions de quitter, nous étions, et à un degré ou à un autre, « entrés en présence ».

Marcel Cohen

Renseignements
Jean-Paul Barrès : 06 83 44 15 60 
jpbarres@galeriejeanpaulbarres.com  /  1 place Saintes Scarbes - 31000 Toulouse